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lundi, septembre 27, 2021
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    Sang, sueur, larmes…Les secrets de nos sécrétions

    Des dizaines de sécrétions irriguent l’organisme. Elles sont nécessaires, voire vitales, et pourtant on a du mal à les aimer. Rencontres avec nos fluides corporels.

    On traque le virus de la Covid dans les égouts, le postillon est un ennemi public et on hésiterait à mélanger sa salive à celle d’une inconnue, même séduisante. Uriner, déglutir, suer … Les fluides corporels rythment notre quotidien, et pourtant ils n’ont pas la cote, surtout en temps de pandémie. Comme ils sont liés à l’intimité, à des odeurs, nous en cachons certains par pudeur, alors que d’autres nous dévoilent: une goutte de sang ou de salive suffisent à révéler notre ADN, nos maladies, nos addictions…Un corps de 70 kilos est fait d’au moins 40 litres de liquide. Le biologiste norvégien Asmund Eikenes a résumé la vie humaine à une liste de fluides dans son livre Sang, sueur, salive (éd. Dunod). Notre destin commence par un peu de sperme, baigne dans le liquide amniotique, se nourrit de lait maternel et s’achève avec le jus de la décomposition de notre corps après la mort, la nécrose de liquéfaction. Nous ne sommes qu’un alambic parcouru par près de 40 liquides physiologiques. longtemps, pourtant, on a cru qu’il n’en existait que quatre selon la théorie des humeurs élaborée par Hippocrate et Galien. On croit que le sang, la bile jaune, l’atrabile (ou bile noire), et la pituite (lymphe) commandent le tempérament. Au XVIe siècle, l’abondance de sang doux et non bilieux était censée amener la femme à rire.

    Dès l’enfance, on apprend à cacher les fluides. Cette éducation varie selon les cultures. En Europe, Aristote sème les graines de l’inégalité entre les sexes. II met en évidence l’opposition entre quelque chose d’éthéré, le sperme, porteur de toutes les valeurs nobles  de l’humanité, et quelque chose de proliférant, informe, magmatique qui est la matière féminine.

    Le savoir-vivre, une volonté de réguler ce qui sort de nos corps

    Les fluides contribuent aussi à hiérarchiser les classes sociales. La construction de la civilité s’est faite contre les fluides corporels. Elle démarre au XVIe siècle avec les traités de savoir vivre pour qui la culture populaire est un repoussoir: celle-ci plaisante sur les fluides, tolère qu’on se mouche dans ses mains, qu’on crache par terre et évoque une sexualité libre. Toute la civilité dans une grande partie du monde actuel naît de ces ouvrages et de cette volonté de réguler ce qui sort du corps. Cet effacement ritualisé du corps connaît un autre tour d’écrou à la fin du XlXe siècle. L’hygiénisme. qui vise à la propreté et enjoint de se laver tous les jours, se fait contre les milieux populaires, qui n’en ont pas les moyens et qui crachent encore par terre. Hommes centre femmes, bourgeois contre ouvriers: les régies sont posées. Aujourd’hui, la réhabilitation des fluides passe par la politique, avec la lutte contre la précarité menstruelle, ou l’art. À l’image de l’artiste Kiki Smith exposant au MoMA, à New York, une oeuvre faite de bouteilles étiquetées «vomi, salive, sperme, sang, diarrhée, pus, lait, larmes» … Vous avez dit shocking?

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